PRESSE

CHRONIQUES « EP ST 2018 »
Atypeek Mag
#2
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CHRONIQUES « SPANKED »

http://tonefreaksblog.wordpress.com
« Spanked s’inscrit dans cette nouvelle scène noise française complètement folle qui renaît depuis quelque temps en France, Sofy Major menant la charge. Spanked fait aussi partie de ces nouveaux groupes qui ont réduit le punk à l’essentiel : une batterie qui cogne dur et une guitare qui hurle à la damnation. Preuve qu’a deux, on peux réellement envoyer le steak comme à 5.

Les bisontins, qui avait déjà ennuagé notre ciel avec un excellent premier EP en 2011, se sont attelés à l’exercice dangereux du premier album éponyme. Se revendiquant d’un « dirty noise rock » Spanked alterne parfaitement les moments de grâces mélodiques lumineuses avec des velléités bruitistes typiquement grunge. Le duo a ainsi un peu laissé de coté ses pulsions les plus hardcore (qui se faisaient bien ressentir sur l’EP) pour développer ce dernier aspect. Enfin ne t’y trompes pas, Spanked, ça reste plus proche de la bande son de ton suicide que du gala de fin d’année de ton bahut.

Mais les mélodies sont ici particulièrement travaillées, tant à la guitare (On soupçonne fortement Yann de s’y être mis lorsqu’il a découvert un certain groupe des années 90, je vous laisse deviner lequel) qu’au chant que les deux complices se partagent tout au long de l’album, ce qui leur permet de réussir de superbes harmonies, ajoutant ainsi une profondeur à leurs morceaux à la noirceur déjà bien abyssales. Reste que Spanked n’est pas Electric Wizard car tout l’intérêt de cet album réside dans ses contrastes particulièrement efficaces entre mélodies pop/grunge à la Sonic Youth et violentes tempêtes distordante (Everything Goes Away en est un bon exemple. Le clip, ci-dessous, illustre d’ailleurs très bien ce principe récurrent de clair/obscur qui caractérise la musique du groupe.). Bref, là aussi on pense a un certain groupe des années 90, et particulièrement à leur album In Utero, tant au niveau de la couleur du son que de l’esthétique, mais en beaucoup plus sombre et désabusé (Equal To Gods).

    Spanked mène son combat de main de maître et capture l’attention de son auditeur en insérant d’excellents arrangements en cours de chemin. De plus, les deux musiciens font preuve d’inventivité et d’originalité tout au long de l’album. Yann nous assène de très bons riffs, mélodiques et prenants, ou rageurs et oppressants (L’interlude Over There est tout simplement magnifique), tandis que Fre s’acharne avec intransigeance sur ses fûts, avec un style a la fois efficace et très particulier. Il livre d’ailleurs de sacrés moments de bravoure rythmique qui restent en tête tout autant que les riffs de son compagnons. Fre qui, au passage, tout écolo qu’il est, et c’est tout à son honneur, a quand même défoncé deux trois forêts à lui tout seul lorsqu’il cognait pour Membrane… excusez du peu, madame !

Une réussite pour un groupe étonnant, moderne, audacieux qui signe avec cet album éponyme une œuvre prenante et chargées d’émotions sur laquelle on aime revenir tant l’expérience et ce goût doux-amer restent intrigants et uniques. »

 

 

CHRONIQUES « CABALUS GAZOLINE »

http://hearmelucifer.wordpress.com
« Jusqu’avant les années 2000, le public avait l’habitude de se faire régulièrement souffler bruyamment dans les oreilles par de nombreuses formations  composées de trois instrumentistes. Cream, Motörhead, Nirvana – ou encore Trio Of Doom pour le jazz – ont chacun jeté un gadin dans la fenêtre de leur famille musicale respective pour le rappeler à sa vigueur faiblissante. D’où le terme de power trio. Depuis les années 2000, trois membres c’est devenu trop. De nombreux groupes se forment à deux pour sonner comme 10. On parle de Pneu, Jucifer, Motto ou carrément des White Stripes… Aujourd’hui, il est temps de rajouter Spanked à la liste des power-duos.

Yann et Fre composent Spanked, power-duo noisy à l’urgence grunge affleurante. Comme de nombreux musiciens qui se lancent dans une aventure en doublette, les deux gaziers ont déjà chacun éprouvé leurs armes dans d’autres formations de Besançon. Le premier a officié dans Samenstelling,  et le second est le batteur de Membrane, groupe de noise-rock qui vient de partager un (très bon) split avec Sofy Major. Alors bon, on ne la leur fait pas.

Les riffs sont francs et incisifs, franchissant comme pour narguer les chroniqueurs musicaux la mince frontière entre le stoner, la noise et le grunge. L’abrasiveCocolided en est un fidèle exemple, tout comme Reality. Certaines mélodies semblent taillées dans de l’échine d’étalon pure, comme Thunder Trucks et son blast impitoyable débouchant sur une chanson hautement melvinienne.

Blast impitoyable ?
Eh oui, Fre enchaîne les rythmiques sans véritables ruptures de tempo, entre figures de style techniques (Thunder Trucks et son roulement) et plages d’expression somme toute assez naturelles pour un duo (Reality). On se délècte aussi des sons de guitare, parfois subtilement octavés pour simuler la basse. Fuzz, crunch, disto : l’arsenal traditionnel passe dans des riffs simples mais inspirés. Toujours dans les clous, okay. Mais jouissif complet.

Cabalus Gazoline s’en tire admirablement dans ses cavalcades noisy gavées aux hormones mais peine à émoustiller complètement dans ses oeuvres plus down-tempo tel le titre éponyme, dont la contruction est pourtant d’un talent indéniable.  La faute à un doublage de voix à l’octave presque permanent de Yann, parfois agaçant sur des passages parlés ou scandés – cet effet de chant est bien plus efficace en live où les deux musiciens partagent le rôle de chanteur lead et où j’ai par ailleurs passé un excellent moment. Si on voulait faire les difficiles, on regretterait aussi l’accent anglais approximatif des vocalistes, mais bon. On ne peut pas pondre des purs riffs dans la lignée de ShellacUnsane et les Melvins ET avoir un accent Harvard à faire pâlir John Cleese. Il y a tout de même un peu de justice sur cette planète.  Quelques vocaux sauvent le chant de Cabalus Gazoline comme le couplet de Reality ou la superbe dernière piste, God’s Creation, un petit bijou entre Impure Wilhelmina et un doom massue joué à la manière des anciens. Propre et efficace, tiens-mange-dans-ton-sourire-chevalin.

Hue, cocotte.
Le cheval au gas-oil montre les dents, rue à droite et à gauche, surprend souvent par ses changements de direction intempestifs mais ne désarçonne jamais vraiment l’auditeur. On remarque néanmoins un effort soigné de l’arrangement (Reality), des influences pertinentes et un jeu d’une maîtrise parfaite. Un seul regret : les voix des Bisontins, largement améliorables d’ici une nouvelle production.

Quoi qu’il en soit, si votre kiff c’est Unsane, les MelvinsShellac et que Pneu vous a mis trop cher derrière les oreilles pour écouter à nouveau un bordel d’une telle violence, calez-vous Cabalus Gazoline entre les oreilles. Vous comprendrez pourquoi j’attends la prochaine galette des Bisontins avec impatience. »

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http://www.w-fenec.org
« Si d’un point de vue de style, l’aspect auto-proclamé grunge de la musique de Spanked n’apparaît pas comme flagrante, le duo bisontin en a à coup sûr puisé son énergie brut(ale), primale et séminale. En arpentant les sept (plutôt courts) titres alertes de Cabalus gazoline, on distingue davantage l’héritage d’une noise-rock frondeuse aux fulgurances punk fermement décomplexée. Il suffit pour preuve de tendre l’oreille sur les sept secondes de « Nitro », torpille supersonique introductive d’une brièveté record et pourtant d’une rare bestialité, pour s’apercevoir qu’on peut tout à fait envoyer du lourd sans basse. Et pas qu’un peu.

On sent sur cet album au format EP comme le parfum d’une prestation live enregistrée en studio tant la musique de Fre (batteur) et Yann (guitare-voix) sonne brute de décoffrage. Le duo alterne les humeurs et n’hésite pas à peindre des petites couches de dégradés chromatiques en mettant à la fois la fessée quand il le faut (« Cocolided », la tornade « Thunder trucks ») grâce à des riffs hardcore, math-rock ou sludge, ou bien en faisant retomber la tension, non sans mettre en place les éléments composant une ambiance insidieusement anxiogène (« Cabalus gazoline », « God’s creation »). Cabalus gazoline a été bâti en quelques mois et cette oeuvre urgente séduit par sa sincérité, son authenticité, son instabilité et sa spontanéité même si on se doute bien qu’il eu fallu un peu plus que quelques jours mise au point pour la concevoir de A à Z. Quoique…

Quoiqu’il en soit, ses bricoleurs nous démontrent qu’ils ne sont pas vraiment du dimanche, en témoignent leurs backgrounds respectifs (Goron,MembraneSamenstelling donc…) et l’arrière-train bien rougi de l’auditeur au sortir de ce premier disque aussi racé que fougueux, instinctif et pourtant diablement maîtrisé. Quelque part entre feu-DopplerSonic Youth et Young Widows, le duo frappe fort, net et précis sans pour autant omettre de formuler une réelle proposition artistique en terme de griffe musicale personnalisée (« Children of the grail », « Reality »). Et voilà comment la scène « dirty power noise grunge DIY » et très indie franc-comtoise a de nouveau frappé. Encore (comme toujours). »